Objets connectés et activité physique des séniors : intérêts et limites

Objets connectés et activité physique des séniors : intérêts et limites

Les objets connectés de bien-être et de santé se développent. Un moyen d’améliorer son hygiène de vie en modifiant son comportement en profondeur. Parmi eux, les bracelets, les montres et les applications pour smartphone dédiés à l’activité physique. Leur prix abordable assure un succès commercial croissant à ces produits. En France, un internaute sur quatre de plus de 15 ans utilise une appli, un bracelet ou une montre pour maintenir ou améliorer sa condition physique et « faire de l’exercice », selon une étude récente de GfK. À l’échelle internationale, c’est déjà plus d’un tiers de cette population qui utilise les objets connectés.

On peut voir dans la prolifération de l’offre de produits connectés une raison de se réjouir et d’être optimiste en matière de lutte contre la sédentarité, notamment chez les séniors. Leur utilisation traduit en effet une sensibilité accrue aux messages de prévention santé et au souhait de devenir « acteur de sa santé ». Ainsi, les objets connectés participent à l’éducation “thérapeutique” du grand public en matière de prévention.

Pour autant, il ne faut pas mésestimer les limites inhérentes à ces produits et les questions importantes que suscite leur multiplication.

Tout d’abord, ils concernent surtout 20-39 ans et échappent donc aux plus âgés qui en auraient particulièrement besoin. Elargir l’usage trans-générationnel des objets connectés pour l’activité physique en levant les obstacles à leur utilisation chez les séniors nécessite une approche pluri-disciplinaire, pas seulement technologique. Elle est loin d’être la règle.

Ensuite, certains des produits qui vont au delà de la simple quantification pour toucher les personnes atteintes de pathologies sont homologués par les autorités de santé, mais pas tous, ce qui soulève des questions importantes. Cela motivé la HAS à produire des recommandations en la matière.

La question de l’utilisation des données personnelles ne manquera pas de se poser. Les concepteurs utilisent déjà des analyses “big data” collective par secteurs géographiques. Le glissement vers l’exploitation des données individuelles est sans doute à venir. En effet, ces objets pénètrent de plus en plus le monde de l’entreprise, devenu plus sensible au bien-être et à l’hygiène de vie des travailleurs à la faveur de la nouvelle législation. A l’instar de ce qui se passe outre atlantique, peut être verra-t-on bientôt de grandes entreprises doter leurs salariés de bracelet connectés. On peut s’attendre (ou redouter) cependant à ce que, tôt ou tard, les entreprises soient tentées de prendre connaissance des données individuelles qu’ils enregistrent, avec tous les problèmes que cela soulève. De même, on peut s’attendre à ce que les objets connectés suscitent l’intérêt grandissant des assureurs et des mutuelles de santé, comme c’est déjà le cas pour certaines. Là encore, on peut craindre un glissement vers la tentation du « big brother is watching your individual data ».

Avec le développement des dispositifs de « sport sur ordonnance », à terme, la question du remboursement des objets connectés, s’ils s’avèrent être des auxiliaires précieux de la mise en activité physique, se posera sans doute. On touche ici à la question de l’autonomie-accompagnement de la pratique qui aura été prescrite. Généraliser l’usage des applications de coaching et des objets connectés, n’est ce pas engager le pratiquant dans une forme d’autonomie qui pourrait être préjudiciable pour sa santé ? C’est toute une éducation à leur utilisation, en relation avec les personnels de santé, qui sera nécéssaire.

Encore faudrait-il que la plus-value des objets connectés en matière d’incitation à la pratique soit démontrée. Les études récentes incitent plutôt à la prudence dans ce domaine. On peut craindre en effet que la prolifération des objets connectés ne fasse que quantifier l’(in)activité plutôt que d’inciter à modifier durablement ses habitudes de vie. L’étude publiée récemment dans The Lancet (Diabete & Endocrinology ; Décembre, 2016) est illustrative de ce point de vue. Elle montre que : i) le gain d’activité physique associé à l’utilisation d’un bracelet connecté est plus important lorsqu’il s’accompagne de récompenses réelles attribuées au participants et ii) l’usage des objets connectés diminue jusqu’à l’abandon dès l’instant que ces récompenses sont supprimées.

Ces constats doivent nous encourager à intégrer l’utilisateur, et singulièrement sa psychologie, dans la réflexion technologique et l’innovation pour les séniors.